HOREST220160 (extraits).

Chapitre un.

Quand je l’ai rencontré, je n’étais encore qu’un numéro.


Chapitre deux.

     Aggapè, la mégalopole, bruissait au cœur d’une nuit engorgée de relents âcres et de projecteurs aveuglants. On aurait dit que ses 37 millions d’occupants s’étaient passé le mot pour s’agglutiner dans les rues au même moment. Alors, je m’étais refugiée dans un dispensateur. Ce n’est pas que l’endroit ait été follement attrayant avec sa lumière blafarde, ses tables aux auréoles douteuses, ses banquettes au tissu crasseux, et ses clients apathiques vautrés dessus, le nez plongé dans leur assiette. Pas un lieu pour une jeune fille, auraient dit mes parents. Mais quand on n’avait plus de parents, qu’on avait faim et qu’il était 11 barrettes du soir…

    J’étais tranquillement installée devant mon assiette remplie à ras bord de pois aux lards synthétiques. A 325 tahels tout de même ! Quand un individu, un adolescent à peu près de mon âge, jeta un vieux sac à dos sur la table et se glissa furtivement à mes côtés. Je restai médusée. Autant par la rapidité de son intrusion dans mon espace gastronomique que par l’impudence de sa demande :

    « Tu permets ? »

Avec l’aplomb légendaire que tout le monde m’enviait, je lui jetai cette phrase imparable:

    « Oh, eh, hein ?! »

    Sans doute bluffé par mon art subtil de la répartie, il ne me répondit pas. Il lança un bras mince vers l’ansilère , la machine à pondre les denrées préparées au laboratoire. Il y glissa une carte de rationnement fédérale, ce qui provoqua immédiatement la chute d’un sachet verdâtre. Avec des dents carnassières, il déchira l’enveloppe et en arracha une espèce d’argile peu alléchante.

   « Tu ne mets pas d’adjuvant de goût ???

  - Pour quoi faire ? C’est de la nourriture. »

Et il mordit dans la pâte grumeleuse.

  « T’es fou. Les nanos ! 

  -T’en fais pas, je gère, me lança-t-il. »

     Et il engloutit bruyamment l’aliment dépouillé de ses adjuvants. Soudain une moue crispée figea son visage. Je crus que c’était à cause du goût. Mais non, c’étaient les nanos-spies ! Ces microscopiques saloperies électroniques que notre corps hébergeait dès la naissance. Elles nous épiaient jour et nuit. A notre insu. Contrôlées depuis le palais de béton qu’on appelait avec déférence et inquiétude : le Grand-frère.

      Les micro-capsules s’emparaient de son corps pour le punir. Transgression de niveau 1 ! La nourriture distribuée devait, en effet, être consommée AVEC ses adjuvants. Ainsi l’avait décidé le Grand-Frère. La légende populaire voulait qu’on ait inséré, dans les adjuvants, des moyens de contrôle supplémentaires… Et en ce moment, à distance, le Grand-Frère envoyait ses signaux punitifs au réfractaire.

     Le corps de mon invité de circonstance se tordit brutalement. Sa bouche béa sans aucun cri. Pour l’avoir expérimenté une fois à mes dépends, je savais combien la douleur était vive, insupportable. Cela dura de longues secondes. Ses yeux verts étaient injectés de sang. Fixes.

      Puis il revint à lui, s’ébroua.

      « Bon on disait quoi ? lâcha-t-il comme si rien ne s’était passé. 

       -Euh… »

     C’était la première fois que je voyais quelqu’un se remettre d’un tel assaut de nano-spies. Certains, trop fragiles, pouvaient même y laisser leur vie. Comment pouvait-il agir comme si rien ne s’était produit. Ses yeux de jade étaient à nouveau vifs et emplis d’ironie.

       « Tu veux que je te paye un sachet à ton tour ?

       -Non merci, euh… »

      Décidément, ce garçon-là me faisait perdre tous mes moyens. Décidée à donner de moi une meilleure image d’oratrice, je le questionnai :

« D’où sors-tu cette capacité pour contrecarrer les nanos-spies? Personne n’en est doté ! »

(…)

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