Où s’en vont ceux qui restent ? (extrait)

Pièce pour adultes.

N° de dépôt SACD : 000349842

Avertissement au lecteur : pour préserver l’intérêt du texte, mieux vaut éviter de lire la didascalie initiale (ci-dessous) qui évente le suspens.


Un intérieur dénudé, hormis une ou deux chaises et une petite table, un vieux canapé, peu encombrant. Des rectangles plus sombres au mur qui sont la dénonciation de tableaux décrochés. Un (seul) miroir reste accroché. On peut adjoindre divers objets en fonction de la mise en scène. Doit subsister une impression de vacuité. Quelques cartons de déménagement.

Un vieillard erre dans cet espace. Un peu hagard, un peu dépenaillé (en pyjama et robe de chambre ?) : c’est André. Il s'adressera régulièrement à Esther, qui n'apparaît jamais, ce qui entretient l'ambiguïté pour le public … sauf à la fin. On doit donc se demander si André ne perd pas un peu la tête.

Apparaissent successivement ses deux enfants : Alex(is) et Sid(onie). Lors des dialogues, il y aura incommunicabilité totale entre le vieillard et les autres personnages, afin qu'on ignore qui est réel...ou pas, qui est ici…ou pas.


-I-

André. L’air absent, compte et recompte les cartons disposés dans la pièce et d’autres qui seraient ailleurs. Puis soudain - Bon Dieu, qu'est-ce que tu fabriques Esther ? Esther-…André- Esther ?Esther- …

André- On va finir par être en retard. Ils n'attendront pas toute la journée. Je déteste faire attendre les gens, tu le sais bien. C'est à quelle heure déjà ? Où as-tu fourré ma cravate de soie bleue ? C'est Sidonie qui me l'avait offerte pour mes 70 ans. Je tiens absolument à mettre celle-là. Pas une autre.

Esther-…

Alexis, entrant. -Salut P'pa. Il a un geste de tendresse vers son épaule. Sans le toucher. Je suis à la bourre. C'est pas des bouchons sur la route, c'est la retraite de Russie ! T'as vu Sid ? Elle est pas encore là ? M'étonne pas…

André- Elle n'était pas dans le tiroir du bas de la commode ? Celui qui coince…

Alexis- Je suis vanné, moi. Il s'assied à califourchon sur une chaise face au public. C'est bien la peine d'avoir 190 ch sous le capot pour faire du 40 ! Mille boules le kilomètre heure ! Une Lotus qui m’a coûté les deux bras ! Et 10 ans de taule qui m’attendent avec ce que j’ai dissimulé à l’Urssaf..

André- Ou alors dans l'armoire. Derrière les chaussettes. Il sort.

Alexis- 100 bornes à sucer la roue de sa Twingo et, quand j'arrive, pas de Sid ! Pourquoi je ne suis pas surpris ?... Un temps. Y avait pas un vase de cristal là avant ? C'est bizarre, m’en souviens plus bien…

Sidonie, entrant en trombe. Vivacité qu'elle conservera. Elle jette son sac à main au pied d’une chaise. - Merde Alex, c'est tout le temps pareil. Il a fallu que tu me dépasses avec ta Ferrari. On devait se suivre. Tu roules toujours comme un dingue. On ne faisait pas la course ! Un jour tu finiras par te tuer, ou pire : par écraser un enfant. Et, bien entendu, tu as refermé le verrou de la porte d'entrée. Exprès je suppose!... Ça t’amuse ? Tu sais bien que je n'ai pas la clé. Il a fallu que je rampe sous le figuier pour retrouver la clé de secours, dans le creux du tronc. J'ai plus douze ans. Regarde ma coiffure ! On n’a pas idée de planquer cette fichue clé dans une jungle pareille ! Je te dis pas dans quel état de crasse elle était. J’ai dû la nettoyer au robinet du jardin. Elle n’avait pas servi depuis deux mille ans…Comment feraient les parents s’ils perdaient la leur. Ils ramperaient aussi ? A leur âge, je les vois faire…!

Alexis- Bonjour Sid...

Sidonie- C'est ça bonjour ! Tu t'en fous en fait ?

Alexis, Un temps : - Ouais. Un temps. Une Lotus.

Sidonie- Quoi ?

Alexis- Une Lotus. Ma bagnole, c’est une Lotus. Pas une Ferrari…

Sidonie- Une voiture c’est une voiture…Surtout quand elle a un nom de papier toilette. Ne me refais jamais ce coup-là !

Alexis- Dommage…

Sidonie- Mais tu as quel âge ?!

(…)

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